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    Pierre et René Mondoly, chanteurs des abords de la Montagne limousine
    Deux chanteurs hors du commun, par l’ampleur et la qualité du répertoire qu’ils nous ont transmis, du centre du Limousin (abords ouest de la Montagne limousine, touchant les trois départements régionaux, Creuse, Corrèze et Haute-Vienne). L’aîné des deux frères avait une mémoire remarquable et le plus jeune un sens musical extraordinaire. « Pierre Mondoly est né en 1904 et décédé en 1993. René Mondoly est né en 1912. Ils ont toujours vécu dans les communes proches d’Eymoutiers (87) ou à Eymoutiers même. Tous deux ont gardé le souvenir très fort des soirées de leur enfance passées à chanter, les quatre frères, les trois soeurs et leur mère. René était le plus jeune et il n’avait que trois semaines quand survient la mort de leur père. "Oh c’est la fille d’un boulanger" était une des pièces de son répertoire que Pierre chantait le plus souvent dans les noces. » Françoise Etay
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    Marie Marinie, chanteuse de la Xaintrie
    Évocation de Marie Marinie par Anne-Marie Ribardière, compagne et complice d’Alain Ribardière dans la réalisation des enquêtes auprès de cette chanteuse traditionnelle et de sa famille, à Saint-Geniez-Ô-Merle (19), au milieu des années 1970.

        Alain Ribardière a travaillé plusieurs années en tant que moniteur de colonie de vacances (et moi-même une année) dans un centre situé à proximité du moulin de Lacombe, proche d’Argentat en Corrèze. C’était dans les années 1965-1968, il jouait de la guitare et, durant les temps de repos, il se mettait en recherche de chanteurs et musiciens.

        Pour ma part, je me souviens surtout des moments passés auprès de Marie Marinie et de sa famille durant les années 1975 et 1976.
        La commune avait aménagé un espace camping au-dessus du moulin de Lacombe, ce qui nous a permis de séjourner librement avec divers amis « musiqueux et danseurs » à coté de ce fameux moulin.
        Marie Marinie nous a raconté comment le moulin tournait durant la guerre : les hommes étaient tous partis, mobilisés à l’armée, et c’est elle qui le faisait tourner et portait donc les lourds sacs de blé et de farine.
        En fait de moulin, en 1975, il s’agissait de la maison d’habitation de Marie Marinie, de sa fille, Julia, et de son gendre.
        Comme cela se faisait encore dans quelques villages, la pièce principale servait d’auberge où il faisait bien bon de s’arrêter ! Il y avait toujours un jambon fumé, du saucisson, des œufs, du fromage et les femmes étaient prestes à dresser le couvert.
        Nous nous retrouvions donc autour de la table ou « dans la cheminée », assis au chaud sur le cantou.

        Je me souviens de la joie de Marie Marinie lorsque Alain arrivait : je la vois battre des mains et se réjouir : « on va danser » ! Marie adorait chanter, d’une belle voie forte et pointue, mais elle aimait également danser.
        Lorsqu’il voulait l’enregistrer et afin d’obtenir un son correct, Alain allait avec elle dans sa chambre à coucher et c’est assis sur le bord du lit qu’ont été recueillis les chansons : un jour, ils ont du s’assoir un peu rapidement et le bois devait être mur : le bois de lit a cassé ! J’entends Marie rire et chanter « cric crac, j’entends l’ bois du lit qui craque ! cric crac, j’entends le bois du lit craquer ! ».
        Certains soirs ou après midi, le frère de Marie, Antoine Dalais venait au moulin avec son violon et nous dansions alors la bourrée sur l’herbe ou autour de la table.

        Julia, fille unique de Marie, n’avait pas d’enfants, et la venue en famille les réjouissait toutes les deux : notre fils appelait Marie la « Mamie aux bibis », car elle appelait ainsi ses quelques moutons lorsqu’elle voulait les faire rentrer.

    Anne-Marie Ribardière


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    Michel Péchadre, violoneux et sabotier originaire de l'Artense
    Né le 18 avril 1891 à Bagnols (63), une commune au milieu de l’Artense, Michel Péchadre fait partie d’une famille de musiciens-violoneux. Son père Michel né en 1854 cultivateur et sabotier résidant à Trémouille St Loup 15), jouait déjà, ainsi que son frère plus âgé, Léger (1887-1970) qui résidera à Lanobre (15), tout comme deux de ses cousins à La Bessette (63) dont l’un jouait avec un violon monté à gauche du fait d’une blessure à la main occasionnée par un coup de fusil accidentel. Son apprentissage se fera dans ce contexte familial, son père n’ayant toutefois pu l’initier du fait d’une progressive paralysie du bras gauche. Musicien précoce habitant à cette époque à La Bessette, il vient jouer une première noce vers l’âge de seize ans à Thalamy en Corrèze, de l’autre coté de la Dordogne. Rescapé de la guerre de 1914-1918, plusieurs fois blessé : « On était six mille du régiment d’Auvergne on est revenus six cent !!! » il devient sabotier, habitué aux bivouacs hivernaux des cabanes de sabotiers dans les ravins des rives de la Dordogne où se trouve le meilleur bois pour les sabots… Il joue un grand nombre de noces et de bals dans cette vallée de la Dordogne entre Corrèze, Puy-de-Dôme et Cantal. Son jeu tout en fonctionnalité à la musique de danse est probablement un des plus vigoureux et des plus fins qu’on ait connu. Sa musique est extrêmement marquée par ce qui a été rétrospectivement appelé « le son de l’Artense » dont il est un des interprètes le plus caractéristiques. Sa musique, sans virtuosité apparente avec un jeu d’archet très anguleux et précis, un système d’ornements très courts et un jeu « à la corde » en permanence, est produite avec un violon posé à l’articulation du bras et un archet joué très bas avec la pointe. Son répertoire, très important, reste une référence dans le corpus violonistique du Massif Central et son discours sur la musique est empreint de termes hérités de pratiques anciennes quand il parle du « coup de tremblement » en lieu et place du terme « vibrato » ou des techniques d’interprétation ou l’on « joue le double » dans la variation de certains airs et de bourrées notamment.

    Fort de sa technique de sabotier et lui-même très adroit — il pouvait fabriquer un sabot les yeux bandés — luthier à ses heures, il va réaliser une dizaine de violons avec son paroir de sabotier « tout blanc, ça sonnait mieux ! »(s.e. sans vernis). « Pour le bal, il fallait des violons durs, qui résistent, les violons doux ou trop souples, au bout d’une heure, ils ne sonnaient plus… ». Installé ultérieurement à Ussel en Corrèze — il est contremaitre dans la saboterie Dalègre à Saint-Exupéry — il y finira sa vie. En 1959, dans le cadre de la Mission Centre-France organisée par le Musée des Arts et Traditions Populaires, il est enregistré par Claudie Marcelle-Dubois et Marguerite Pichonnet-Andral, un des ses violons fait d’ailleurs partie de la collection du Musée. C’est enfin en 1975, qu’il sera rencontré à nouveau pour de nouveaux et fructueux enregistrements.
Alexandrie GB Concept 2009