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n° inventaire CMTRA FRAC069266_11AV00102
Titre Musique chilienne : rencontre avec Hector Espinola
Commentaire Hector a connu la dictature chilienne qu'il a fui en 1985. Installé à Villeurbanne et engagé dans les mouvements de solidarité aux luttes latino-américaines, et plus largements à la "lutte populaire", il nous parle de l'importance de la musique dans l'engagement et de son expérience de vie.
Responsabilité - Intervenant informateur :Espinola, Hector  ; enquêteur :Minot, Olivier
Lieu enregistrement-création Villeurbanne
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Documents liés Fichier sonore
Descripteurs Chili- engagement- Exil
Langue français
Genre du document récit de vie
Sommaire Fichier sonore 01_Hector Espinola [00 :00 :00] Hector Espinoza, chilien, arrivé en France en 1985, période d’une vague d’immigration de chiliens fuyant le régime politique de leur pays. [00 :00 :40] Au Chili, il militait pour une organisation politique et a travaillé à la commission des droits de l’homme. Il participait notamment activement à aider les prisonniers politiques. C’est la raison qui l’a poussé à devenir réfugier politique, la vague répressive ne lui permettait pas de vivre dans des conditions correctes au Chili (par sécurité il allait de maisons en maisons). [00 :02 :30] Il est arrivé en France à 26 ans et a du laisser sa famille au Chili. [00 :03 :00] Il y avait deux types de résistance au Chili : la résistance dans les quartiers populaires, les plus nombreux et ceux qui payaient de leurs vies, et une résistance « plus institutionnelle » qui négociait avec les militaires. Les uns et les autres ne luttaient pas forcément pour la même démocratie. [00 :04 :20] De 1973 à 1985, Hector a donc vécu cette dictature. Son père était un cheminot syndicaliste socialiste. La période de l’Unité Populaire était d’après lui une « époque d’énormes libertés » : c’était un moment global de propositions politiques, culturelles, artistiques (à travers des figures de musiciens, de poètes… parmi lesquels Pablo Neruda). [00 :06 :45] C’est également au moment où l’Unité Populaire est au pouvoir que la nouvelle chanson chilienne prend de l’essor, inspirée des luttes et les accompagnant. [00 :07 :00] Alors qu’il est à l’âge de rentrer au lycée et qu’il n’est pas conscient politiquement, Hector se souvient que le renversement a été brutal. Il se souvient de ses années de lycée qui contrastaient avec les bombardements voisins. Il n’a pas vu son père pendant plusieurs mois et été totalement conscient de l’horreur du conflit. Dans les quartiers populaires les gens pratiquaient l’autocensure en brulant leurs propres livres. La répression s’est abattue : « il y a eu un prisme immédiatement sur le système éducatif » progressivement touché par cette répression qui a abouti à une grande réforme autour du statut universitaire. [00 :10 :00] Hector, grâce à ses contacts à la Ligue des Droits de l’Homme, avait des contacts en France. Sa fille avait huit mois lorsqu’ils s’y sont réfugiés grâce à l’Institut Catholique de Lyon. [00 :11 :00] Anecdote autour de sa période de détention à Santiago où il était enfermé avec un français membre de l’organisation Justice et Paix. Dans son quartier il y avait beaucoup d’étrangers venus au Chili par le biais de l’Eglise. Les chiliens résistants s’appuyaient beaucoup sur cette présence religieuse pour organiser leurs mouvements populaires autour d’ateliers artistiques, musicaux, socio-politiques, et d’organisations de subsistance qui redistribuaient des vivres et mettaient à disposition des équipes médicales. Il avait donc des contacts car venant du monde chrétien de gauche, une partie de l’Eglise chilienne s’était engagée du côté du peuple pour défendre les droits humains. Pour venir en France il a bénéficié de cette convergence. [00 :14 :35] En France il a connaissance de l’association France – Amérique latine (l’AFAL) où il a retrouvé beaucoup de réfugiés qui n’étaient pas tous originaires du Chili. [00 :15 :50] A Villeurbanne il y avait beaucoup d’exilés sud-américains, ce qui était certainement lié au fait que l’histoire politique de la ville est plutôt ancrée à gauche. Une association y animait des activités culturelles et politiques qui lui a permis d’être en contact avec ses compatriotes. Il y avait aussi à Villeurbanne un comité très important qui soutenait la lutte du peuple chilien. A travers ces organisations, la culture était un outil essentiel pour rallier les consciences. [00 :18 :10] La musique était très importante dans la résistance. La première manifestation concrète à laquelle il a été confronté après le coup d’Etat a été une chanson de Patricio Mans « El cautivo de Til til » : les paroles de ces chansons étaient censurées, transformées par le pouvoir mais elles étaient chantées dans tous les quartiers populaires de Santiago. [00 :19 :10] Il chante un extrait de « El cautivo de Til til ». Il explique les paroles : un libérateur est trahi par un homme qui a soif de pouvoir. Le texte est très symbolique car le guerriero est Manuel Rodriguez qui essayait d’éliminer Pinochet et représentait une proposition, une autre possibilité politique, qui a été totalement anéantie. [00 :21 :50] A Villeurbanne il a principalement participé au soutien chilien en tant que spectateur car il suivait ses études à l’institut catholique en parallèle. D’ailleurs, sa première manifestation politique en France était pour la Palestine. La Palestine était très présente au Chili. La lutte d’Amérique Latine dépasse largement le continent, la réflexion alternative qu’il estime écrasée aujourd’hui était globale et pas simplement communautaire. [00 :26 :10] Dans ses souvenirs, les rencontres de l’AFAL donnaient lieu à des concerts, des activités autour des penas (endroits où on écoute de la musique, où on partage des moments). Lors de ces rencontres les discussions étaient centrées sur la lutte et les musiques étaient engagées. [00 :28 :30] Les groupes emblématiques chiliens, liés au parti communiste chilien, organisaient diverses activités et envoyaient l’argent récolté aux structures politiques. [00 :29 :40] Au Chili, l’instrument de la résistance était la guitare. Depuis le sol français il était fréquent d’envoyer de l’argent aux résistants chiliens pour qu’ils puissent soutenir des projets culturels. Il se souvient avoir travaillé au Service du développement de la jeunesse, soutenue financièrement par une partie de l’Eglise, dans cette organisation ils achetaient des guitares et un animateur faisait office de professeur de guitare. Ces ateliers éducatifs et culturels étaient organisés alors même le Chili était plongé dans la crise économique et que les quartiers populaires s’appauvrissaient. La musique, dans ces conditions, lui paraît essentielle. [00 :31 :00] Ici, il n’a pas participé à des groupes de musiques mais a œuvré dans d’autres associations de lutte internationalisée. Fichier sonore 02_Hector Espinola [00 :00 :00] Dans le cas particulier du Chili, pendant l’Unité Populaire la nouvelle chanson chilienne l’introduction des instruments andins : la flûte de pan, la guitare charango… est très symbolique. Dans les médias officiels pendant la dictature ces instruments étaient interdits car liés à la culture de l’Unité Populaire. [00 :01 :30] Lui, avait pour habitude d’organiser des concerts populaires dans le cadre de son organisation politique. La musique a joué le rôle de liant dans sa communauté, dans les autres, entre elles. La chanson fait souvent le récit historique de la lutte : à Villeurbanne il a retrouvé cela. Il a d’ailleurs participé à des concerts à Villeurbanne et a, avec des amis, organisé quelques penas. [00 :05 :40] Au Chili soutenir des projets culturels est très difficile si on n’est pas ancré dans la politique. En France il trouve plus de libertés. Il a hésité à retourner au Chili mais a été très déçu par le tournant que prenaient les négociations pour le retour à la démocratie. Pour lui la liberté et la démocratie sont loin d’être acquises. D’ailleurs, beaucoup de ses connaissances qui sont retournées au Chili n’y sont pas restées. [00 :05 :45] Devenu grand-père en France, il ne sait pas encore s’il retournera au Chili, il ne cherche pas à planifier un retour. Il estime avoir encore une lutte universelle à mener. Il peut donc mener sa vie où qu’il soit. [00 :08 :40] Discussion autour de l’intégration, lui s’offusque contre le terme « d’assimilation », il milite pour la libre circulation des êtres humains. Il est très reconnaissant du soutien du peuple français qui s’est engagé pour des raisons sentimentales à la lutte latino-américaine (il fait une nuance autour de la solidarité populaire et la solidarité des politiques). [00 :10 :00] En France de nombreux français ont été sensibilisés à la lutte chilienne, et plus généralement à la lutte latino-américaine car d’après lui ces luttes sont des reflets de leurs propres luttes. Le Chili constituait un grand espoir. Beaucoup d’artistes français et très connus ont « apporté un petit grand de sable » à la lutte chilienne. [00 :12 :30] Il y a toujours deux aspects à la lutte dans la musique : d’un côté ceux qui veulent changer les consciences et de l’autre ceux qui y voient un fond de commerce. Pour beaucoup d’artistes la musique est d’abord une passion, un sentiment, et n’a rien de rationnel, donc peut être les questions politiques ne sont pas prioritaires pour eux. [00 :14 :50] En France il y avait des renseignements de la dictature qui observaient les exilés. [00 :19 :40] En France a été édité un « chef d’œuvre »: «la cantata santa maria », ce récit essentiel dans la culture chilienne a été joué en France et traduit. [00 :21 :15] « Sans tomber dans la musique pamphlétaire on peut faire de »s choses importantes pour approfondir les connaissances, ouvrir les consciences […] Si on ne réagit pas la crise peut tomber sur tout le monde. »
Fonds Musiques migrantes de Villeurbanne
Nature du document enquête
Département Rhône (69)
Niveau de consultation Diffusion publique non commerciale
Durée 00:56:39
Qualité bon
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01_Hector ESPINOLA.mp301_Hector ESPINOLA.mp3 (18 Mo)

02_Hector ESPINOLA.mp302_Hector ESPINOLA.mp3 (12 Mo)


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