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n° inventaire CMTRA FRAC069266_11AV0094
Titre Musiques juives : rencontre avec Edmond Ghrenassia
Commentaire M Ghrenassia est juif séfarade d'origine, né à Constantine en Algérie. Comme clarinettiste, il a été amené tout naturellement à adopter le répertoire klezmer. M Ghrenassia a été président entre 2009 et 2012 de l'espace Hillel, en tant que musicien il a naturellement lancé l'idée d'un festival dédié aux musiques juives, qui a commencé en novembre 2009 et se poursuit chaque année.
Responsabilité - Intervenant enquêteur :Barbet, Péroline  ; informateur :Ghrenassia, Edmond
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Documents liés Fichier sonore
Descripteurs Algérie- migration- musique klezmer
Langue français
Genre du document morceau instrumental ; récit de vie
Instrument clarinette
Sommaire Fichier sonore 01 [00 :00 :00] L'espace Hillel et le Festival des Musiques juives : Le lieu a ouvert en 2007. Il fédère un certain nombre d'associations juives de la région. L'espace bénéficie également d’une grande salle de spectacle. M Ghrenassia a été président entre 2009 et 2012, en tant que musicien, il a donc naturellement lancé l'idée d'un festival dédié aux musiques juives, qui a commencé en novembre 2009 et se poursuit chaque année. Objectifs: mettre en avant les musiques juives et ouvrir cet espace à un large public, intéressé par la culture juive. La musique permet un accès facile aux cultures et parle à tous. Deux grandes idées l'animent derrière cette initiative: lutter contre l'antisémitisme et faire connaitre ces cultures. [00 :03 :50] En Rhône-Alpes, quelles sont les musiques qui sont les plus réinvesties et les plus jouées? A Lyon, le klezmer fait l'objet d'un phénomène de mode important et est en pleine effervescence. M Ghrenassia distingue le klezmer traditionnel, ancré dans une démarche historique ("on va aller rechercher les vieux enregistrements et les vieilles façons de jouer, comme dans le baroque classique"), jusqu'aux musiques de création les plus contemporaines, influencées par le jazz et le free jazz. Le rapport avec "la musique juive" est parfois ténu. M Ghrenassia parle d'un mode d'expression spécifique au klezmer, dont on s'éloigne parfois dans les démarches de création très contemporaine. L'esprit klezmer se reconnait selon lui aux modes musicaux et au degré de connaissance de la culture juive (la langue yiddish et la culture juive). Ceux qui réussissent à faire de bons interprètes (juifs ou non juif) ont un intérêt fort pour la culture. M Ghrenassia distingue le klezmer, des répertoires de chansons yiddish, les berceuses etc ... La deuxième grande famille de musique juive jouée en France, est celle des musiques sépharades, en particulier chantées en ladino, venue du bassin méditerranéen (ex empire ottoman), avec des chansons de tradition orale, transmises souvent par les femmes. Ces répertoires laissent, selon lui, moins de place à la création et relève plus de la réinterprétation. Quant à la musique classique: il y a également des compositeurs juifs, mais cela n'en fait pas une musique juive. M Ghrenassai évoque Gershwin, Mahler, qui ont pu mettre un peu de leur culture dans la musique. M Ghrenassia évoque également des musiques à thèmes juifs et les musiques classiques liturgiques: "En matière de musique classique, il y'a un peu tout ce qu'on veut, il y'a des chose à thèmes juifs, il y'a des choses écrites par des juifs, il y'a des chose commandées par des juifs à des compositeurs non-juifs .... " [00 :11 :10] Qu'est ce qui relie cette diversité musicale? En Espagne, en Turquie, dans le Maghreb, en Russie, ou en Bulgarie; partout où les migrations juives ont pris racines, les traditions musicales ont été récupérées et assimilées. "Il n'y a pas une musique juive". Des airs ont été "récupérés" et avec le temps, sont devenus juifs. C'est vrai également avec les musiques liturgiques algériennes, marocaines ou polonaises, qui sont "juives", en raison de leur caractère religieux, mais très différentes les unes des autres car elles ont intégré les musiques et les rites des pays d'accueil. Dans la vie profane et festive, c'est également vrai. Dans le klezmer, des musiciens juifs ou non juifs jouent lors des mariages juifs. M Ghrenassia évoque des musicologues qui vont chercher les origines du klezmer en Roumanie, en interrogeant des musiciens roumains qui jouaient dans les mariages juifs. Lors des évènements juifs, les musiciens n'étaient pas toujours juifs. C'est encore le cas aujourd'hui, dans la scène actuelle du klezmer. [00 :17 :35] Le rapport à la langue, dans ces traditions musicales : Le yiddish et le ladino sont deux langues en voie de disparition. M Ghrenassia évoque la maison du yiddish à Paris, qui donne des cours de langue et de musique. "qui essaye de porter malgré tout, le vécu de cette langue, même si c'est difficile car le contexte est différent". S'il existe encore quelques endroits à New-york et en Israël, où l'on parle encore yiddish tous les jours, notamment dans les milieux orthodoxes, ces cas restent rares. Si dans le yiddish, il existe une vie culturelle, artistique, des écrits, c'est plus difficile dans le cas du ladino. La transmission est davantage passée par le chant et la tradition orale. [00 :20 :40] Itinéraire personnel: M Ghrenassia est sépharade d'origine. Comme clarinettiste, il a été amené tout naturellement à ce répertoire klezmer, étant considéré "comme un des plus valorisant, pour un clarinettiste". Etant juif, bien qu'originaire d'Algérie, et de cultures très éloignées de celui de l'Europe de l'est, "les vécus restent le même". "J'entends bien tout ce qui passe ..." . "C'est ce vécu, qui m'a permis de m'approprier cette musique avec authenticité" "On sait de quoi on parle; un mariage juif, on sait ce que c'est ...". Grace à l'animation régulière d'une émission radio autour des musiques juives, de fil en aiguille, il est devenu connaisseur des répertoires et des interprètes klezmer. En 2002: il a crée un groupe de musique. Puis il a joué avec ses enfants (4 filles, dont 3 sont musiciennes aujourd'hui). M Ghrenassia est né à Constantine. Son grand-mère était musicien et jouait du violon. Il jouait du malouf et avait un petit orchestre de mariage. Aujourd'hui, le malouf n'est plus joué par des musiciens juifs, mais par les musiciens arabes. A Lyon, il reste un public très sensible à ce genre de musique. Le malouf est davantage lié à un terroir, à une culture, différemment du klezmer qui a réussi à se fondre dans le jazz, le hip-hop, le funk, le jazz-manouche." Avec le malouf, ça ne marche pas, lorsque cette musique est déracinée". La langue, l'ethos, le type de fonctionnement de cette musique, ne le permettent pas, selon lui. [00 :29 :00] Les autres styles de la grande famille des musiques juives: Les musiques qui ont été évoquées précédemment sont issues de la diaspora. La nouveauté, aujourd’hui, est le développement de la musique mizrahi, dont le socle culturel est Israel. C'est, selon lui, de la variété moderne, avec des sonorités orientales, chantée le plus souvent en hébreu. C'est la musique qu'on entend en Israël, qui entretient des liens avec la musique arabe. Il y a également les musiques hassidiques, plus modernes (guitare, basse, batterie et rythme binaire), mais chantées sur des textes liturgiques, parfois dits lors des offices. En France; M Ghrenassia évoque le travail de musiciens français autour de répertoires juif-provençal, jouée avec des instruments provençaux, chanté en hébreux ou en judéo-provençal. Ce travail a été mené également en Italie autour d'airs chantés à Venise ou à Rome. Idem en Espagne autour des répertoires judéo-catalans. Fichier sonore 02 [00 :00 :00] Villeurbanne: La communauté juive "visible" et engagée dans la communauté réside à Villeurbanne. Mais il existe aussi une population plus assimilée, sur Lyon. C'est une immigration récente, qui date des années 60, originaire du Maroc et d'Algérie, et dans une plus faible mesure de Turquie. Il existe également des juifs d'Europe de l'Est, plus minoritaires, qui étaient là juste avant la guerre. A sa connaissance, il n'y pas d'ancrage plus ancien. Au niveau du vécu musical; on chante à la synagogue. La musique, notamment instrumentale, est présente lors des fêtes juives lors de trois évènements : le mariage, la bar mitsva (passage à la majorité religieuse), ou plus ponctuellement, lorsque l'on écrit un nouveau rouleau de la Torah. Lorsqu'il y a des fêtes juives, les jours sont fériés, et la musique est chantée; elle n'est pas instrumentale. Dans la vie villeurbannaise, ce qui se joue majoritairement aujourd'hui, est la musique mizrahi, hassidique, et la musique de variété. Dans les familles, il est rare d'entendre de la musique plus ancienne, de type malouf, par exemple. Il arrive que l'on joue parfois de la musique klezmer, notamment lors de mariages de famille d'origine ashkénaze, une demande nouvelle émerge. [00 :04 :20] Le Klezmer : C'est la musique des juifs d'Europe de l'Est (Russie, Pologne Ukraine, les Balkan, Roumanie, Bulgarie, ex-Yougoslavie). Dans les années 20 et après la Seconde Guerre Mondiale, la musique est partie aux Etats-Unis, où s'est poursuivie la tradition, puis elle a connu un mouvement revival dans les années 90 et a envahi tout l'Occident. Dans le cas du klezmer: "Qu'est ce qui passe dans cette musique, au delà la musique?" : "Quand on joue cette musique, il faut arriver à comprendre l'âme juive", M Ghrenassia évoque l'histoire de la souffrances des populations juives, faite d'exils, de pogroms, des persécutions. "Il faut mettre des larmes, dans le rire", "c'est ce mélange de rires et de larmes qui fait le caractère juif de cette musique". M Ghrenassai revient sur l'importance de la connaissance de la culture juive (histoire, littérature yiddish...). Côté sépharade, M Ghrenassia évoque une amie villeurbannaise, d'origine Algérienne, de Constantine, qui habite Villeurbanne et qui connait des airs transmis par sa mère. Le chant a une grande place dans la musique, car la musique instrumentale est interdite pendant les jours fériés, "donc forcément, ça passe par le chant" [00 :10 :10] Lieux liés à la culture juive à Villeurbanne: Il n'y a pas de centre comme l'espace Hillel à Villeurbanne. Les lieux sont davantage liés à l'étude religieuse, aux cultes. Edmond évoque une quinzaine de lieu, avec en particulier la synagogue de la fraternité, l'école juive de Lyon (1000 élèves, rue Alexandre Boutin, près de Magenta). Il existe une autre école à Cusset. Pourquoi un tel ancrage villeurbannais? Pour les juifs "visibles", la vie juive se développe "comme les points d'eau dans la savane", "lorsqu'il y a une école juive, une boucherie, une épicerie et une synagogue, lorsqu'il y a ces quatre points, on a des facilités, pour vivre sa vie juive". Dans les années 60: D'abord à Rilleux, Saint-Fons, La Duchère. Avec l'ascension sociale de ces populations, ils sont "descendus de leur montagne", pour venir s'implanter dans un endroit plus près du centre. Villeurbanne est progressivement devenu un pôle important. Lieux d'habitation et lieux de pratiques sont liés. [00 :13 :40] Cultures juives: diversités et points de rencontre:" Sur Villeurbanne, il y a une grosse majorité de juifs sépharades qui donnent le ton". Dans les lieux de cultes, les gens se retrouvent en fonction de leur degré de pratique. La plupart des lieux de cultes sont des lieux orthodoxes, entendus comme "très pratiquants", mais il y a aussi une communauté plus libérale, qui se trouve sur Lyon. Il y a un ou deux lieux avec des pratiques purement ashkénazes, mais les autres lieux sont sépharades. En France, les deux mondes se mélangent, à la différence d'Israël où les relations peuvent être plus difficiles. [00 :15 :20] L'interprétation klezmer: "C'est n'est pas comme dans la musique classique, où il s'agit de faire un son le plus rond possible". "En klezmer, il faut essayer de rajouter, ce qui fait l'âme de la musique, des petites notes en plus, des petits souffles, des petits bruits, qui font que la musique ressemble plus à des sanglots". Le son qui monte à la note juste, avec une tension. [00 :16 :20] Air instrumental Klezmer : clarinette [00 :18 :50] Air intrumental Klesmer 2 [00 :21 :30] Air instrumental Klezmer 3
Fonds Musiques migrantes de Villeurbanne
Nature du document enquête
Département Rhône (69)
Niveau de consultation Diffusion publique non commerciale
Durée 01:00:40
Qualité bon
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