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n° inventaire CMTRA FRAC069266_11AV0091
Titre Musique raï : entretien avec Abbes Hamou et Raban El Maghnaoui
Commentaire Rabah et Abbes sont musiciens de raï et amis de longue date. Chanteur, accordéoniste, joueur de synthétiseur, Rabah est aussi compositeur de ses chansons. Il raconte son parcours et parle de sa vie, placée sous le signe du raï. Les chansons qu'il compose sont étroitement liées aux évenements de sa propre vie, ce qui confère à sa musique un caractère émouvant. Originaire d'une région frontalière avec le Maroc, il joue un raï sensiblement différent du raï oranais, qu'il appelle raï aoroubi (c'est à dire "de la campagne"), fruit d'un mélange avec les musiques populaires algériennes. A son arrivée en France, il s'initie à l'accordéon, puis au syntéthiseur. Abbes, son ami, émaille son parcours de témoignages sur l'ambiance des bars de Lyon et raconte les nuits de musique. Il évoque aussi la fin de la belle époque des bars, le manque de respect et d'intérêt de la jeunesse pour leur musique, et le repli progressif de leur activité musicale sur l'animation de mariage, jusqu'à ce qu'ils arrêtent de jouer, malgré les encouragements des proches et l'envie de reprendre. L'entretien se termine par la traduction de trois chansons composées par Rabah.
Responsabilité - Intervenant informateur : informateur :El Maghnaoui, Rabah  ; enquêteur :Barbet, Péroline
Date enregistrement-création 5 nov. 2012
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Documents liés Fichier sonore
Descripteurs raï- Maroc- migration- Lyon
Langue français
Genre du document récit de vie
Sommaire Fichier sonore 01 [00 :00 :00] Introduction: Aujourd'hui chef d'équipe dans le nettoyage des trains, Rabah El Maghnaoui a été aussi concierge dans les salles de concert qu'il a animé, à la « belle période », comme musicien "C'était la honte". Ils parlent d’Omar El Maghrebi, chanteur des premières années de l'immigration où les thèmes de prédilection des chanteurs étaient la famille et l'exil. Autrefois dans les chansons, on chantait l'absence et l'éloignement de la mère restée au pays "aujourd'hui les jeunes se plaignent qu'elles sont trop là!" [00 :01 :50] Le parcours de Rabah El Maghnaoui : Rabah est originaire de la frontière Maroc et de l'Algérie, dans le village de Maghnia, village situé à 137 km au sud-ouest d'Oran, et à 20 km à l'est d'Oujda (Maroc). Dans sa jeunesse il jouait essentiellement du folklore marocain (darbouka, bendhir, luth et karkaba). En 1976, il a découvert le raï et a évolué vers d'autres instruments (accordéon, violon, boîte à rythme ...). Son rêve a toujours été de jouer de l'accordéon, instrument qu'il a appris à jouer seul. Il a édité plusieurs cassettes à Lyon, 7 chansons sont restées inédites, il n'a pas trouvé d'éditeur pour ces titres. "Ce n'est pas une question de métier, j'étais amoureux de ça, ce n'est même pas une question d'argent, l'argent ça sort". Une fois en France à la fin des années 70, Rabah est devenu musicien, il jouait dans les mariages, dans les bars, dans les boites de nuit, dans les galas. Il est arrivé directement à la Croix-Rousse, grâce à des connexions établies avec un musicien Chabati (le jeune). Il s'est marié, a trouvé du travail, obtenu des papiers et a travaillé avec Cheb Chabati. [00 :09 :30] Les bars: "C'est pas comme avant": En 1998, Rabah a arrêté de joué dans les bars "c'est pas comme avant". Les anciens étaient respectueux de la musique "on avait plus de tranquillité dans les bistrots". Rabah a concentré ses activités sur l'animation des mariages. Selon Abbes, l'arrivée de l'euro et l'interdiction des cigarettes dans les bars donné le coup de grâce à toute ce vie nocturne dans les bars. Abbes évoque les 7, 8 bars de la rue Sébastien Gryphe, "Fatma, Hamza ...". Abbes aimait aussi les cafés de la rue Saint Catherine, Abbes évoque "chez Kiki", un propriétaire du bar qui se travestissait pour danser. " Chez Kiki, c'était terrible, il te mettait une ambiance !! » [00 :13 :40] Les thèmes/Le mode de vie: Rabah est auteur de ses chansons, elles racontent les événements de sa propre vie. Il évoque une chanson qui a écrit sur la prison, où il a fait un court séjour. Termitte Fi Blad ennass "Ce n'est pas mon pays, je suis venu là. Je ne travaille pas. Y'a que le verre et la bouteille." "Je vis la nuit et je dors la journée". La Cassette rouge, où se trouvent ces titres, s'est beaucoup vendue, notamment en Algérie, et au Maroc. Mérabet avait un magasin vers Sétif, et les productions lyonnaises étaient ainsi diffusées au Bled. En revanche, il ne jouait pas au pays. [00 :23 :00] L'ambiance des Bas-fonds: Abbes évoque un percussionniste, Mahmoud, qui se trouve près de la place des terreaux, qui jouait très bien, et qui a été perdu de vue. Mahmoud et Rabah étaient inséparables. [00 :25 :40] Les groupes existent-ils? Rabah avait une base stable de musiciens (Mahmoud/Percussion, Abbes/ Guitare, et Rabah/ Synthé, Accordéon). Leur groupe s'appelait Raï zin. "On ne voulait pas de vulgarité, dans la cassette". Bien que Rabah chronique un quotidien de misère et d'alcool, ses amis et lui voulaient faire une musique qui soit écoutable par toute la famille. [00 :28 :00] La Cassette: Rabah détaille les titres d'une des cassettes qu'il a édité. Presque l'ensemble de ses chansons parle de son ex-femme et de leur séparation. Rabah évoque une chanson qu'il a écrite, non éditée, qui raconte qu'un homme prend l'avion à Satolsa, pour rentrer au pays et laisse sa famille en France. [00 :33 :40] Le style: du Raï? Rabah fait une musique qui est un mélange entre les musiques marocaines qui se jouait à la zorna et à la gasba et l'a adapté à l'accordéon et au synthétiseur. Fichier sonore 02 [00 :00 :00] Différence entre les musiques de mariage/ en situation public et les musiques "d'expression personnelle" : Rabah parle de raï aoroubi (c'est à dire "de la campagne"). Mais dans les mariages Rabah pratique les styles sétifiens, marocains, du raï. Souvent, il ne chante même pas ses chansons. En revanche sur ses cassettes, Rabah n'édite que ses propres chansons. Abbes témoigne du fait qu'il préfère les musiciens qui "restent dans leur lignée" et qui reste spécialiste de leur style, sans être trop éclectique. Lorsqu’il joue seul il reste dans son style. [00 :02 :50] Les lieux de la musique à Lyon: La rue Sébastien Gryphe, la rue Sainte-Catherine … Rabah revient sur le bar le But "On avait un coin spécial: le bar le But" "tous les musiciens étaient là-bas, et là-bas on trouve le rendez-vous, on trouve les adresses, pour faire des mariages". Rabah a fait des mariages partout en France. Les occasions de jeu: les fêtes familiales et les galas. Rabah a aussi joué dans les cabarets musicaux à Paris et Marseille. Les villes du raï, c'était plutôt Paris et Marseille. A Lyon, il y avait peu de musiciens de raï: Kader, Cheb Kouider, Chabati, le jeune Ali "be good". [00 :04 :40] La question des mélanges musicaux: Rabah a aussi joué avec Amor Afsouni et El Baatni, dans un même mariage. Chacun reste spécialiste de son style et chante dans son style "quand on part dans un mariage, on part à trois chanteurs", pour répondre à la demande d'un public varié. Abbes a "horreur des mélanges", "il a horreur de faire autre chose que ce qu'il fait!" "nous on est oranais". Abbes préfère que chacun soit spécialiste de son style. Dans les mariages, si les mariés viennent d'Oran, c'est l'affaire d'Abbes, car il sait qu'il pourra jouer son raï. Les musiciens ne peuvent pas être complètement polyvalents sur toutes les traditions musicales algériennes et maghrébines: "il y a toujours quelque chose qui manque ...", Abbes parle des systèmes musicaux, des rythmes et des accents de la langue, de toutes ces petites subtilités qui font la richesse de la musique. [00 :09 :50] Les influences familiales : Si Rabah n'avait pas de musicien dans sa famille, Abbes en revanche, avait une mère qui était Meddehates, les cheikhates, ensemble de chanteuses féminines. [00 :16 :00] Raï d'ici/Raï d'Algerie : Abbes fait un parallèle entre le blues et le Raï: une musique qui chante les bas-fonds, la pauvreté. Les thématiques de l'exil. Le raÏ de France chante l'exil. Le raï d'Algérie chante l'envie de partir. Autre différence: les musiciens de France ont un accès beaucoup plus facile aux instruments : violon, accordéon, boites à rythme. Abbes a une pièce pleine d'instruments, chose qui n'était pas possible dans les années 80 au pays. [00 :19 :50] L'intéret de la nouvelle génération Malgré l'âge et la vie, Rabah et Abbes aimeraient jouer davantage, mais ils n'ont plus de lieu. "Personne ne t'écoute" "C'est la génération Y!!", celui où les jeunes écoutent la musique dans leurs écouteurs. Il rentre dans le bar et ils écoutent autre chose. Le raï en direct, ne peut pas rivaliser contre le raï moderne, "joué en stéréophonie, avec des trucs sophistiqués", comparé à cela, le raï des musiciens parait pauvre et sans intérêt. [00 :23 :10]Improviser : L'improvisation fait partie de leur musique mais aussi de leur mode de vie. Abbes raconte une anecdote. "Le raï on ne l'écrit pas, mais cette musique nécessite une bonne entente." Fichier sonore 03 [00 :00 :00] Les femmes : Pour attirer des clients, il fallait des femmes dans les bars, les musiciens n'attiraient personne! Un groupe de femmes suivait l'actualité du groupe "c'était des femmes-raï". Elles n'étaient pas mal vues, peut-être le seraient-elles aujourd'hui. Selon Abbes, il y a beaucoup d'oranais, (orannais de Timouchent) à Givors. Il évoque un musicien Lakhdar, Givors. Il y a toujours des musiciens dans les bars, mais ils jouent seuls, avec un synthétiseur. [00 :12 :00] Chanteuses-femmes : Louiza, Chaba Nacera, Fatima Derbouka, Chaba Zohra chantaient du raï à la même époque. [00 :18 :00] Une chanson qui prend pour sujet la vie en France ou des évènements passés en France: Abbes parle de Carte de séjour et du titre "Douce France", qui prend pour décor la France. La politique? Rabah "n'y touche pas", ce n'est pas un sujet pour ses chansons. Rabah préfère parler de la vie quotidienne, des histoires d'amour. [00 :21 :00] Ecoute de musiques raï et traductions Traduction 1: Termitte Fi Blad Ennass : "Je suis venu ici, et je n'ai pas pu avoir d'une maison, je n'ai suivi que le comptoir et la boisson …. Je suis allé à Sétif et j'ai trouvé des filles avec des beaux yeux … servez-moi à boire et laissez moi me souler ....J'ai oublié ma ville de Maghnia, où il ne se passe que du trafic, de drogue et tout ça ... J'ai oublié ma ville de Maghnia, Je n'oublie pas ce jour .... (rires) .. si un jour tu reviens, je n'oublierais pas cette nuit ... J'ai fait un cauchemar, j'ai rêvé d'une fille et j'ai trouvé des serpents sur l'oreiller ... J'en ai marre, personne n'a pu me remettre dans le droit chemin, alors, j'ai soulevé la bouteille et le verre ..." Traduction 2: "Je me soûle, toujours je me soûle … je bois et je fréquente … Je pars et je ne sais pas si je reviens … Je pars, alors fais ce que tu veux … TU t'es marié avec moi, juste pour l'honneur de ta famille, tu m'as baratiné et maintenant tu es libre de t'en aller ...Je t'ai connu veuve, je t'ai fait l'honneur de vivre avec toi et maintenant je fais ma vie, je me soûle toujours ...je t'aime toujours ... " Traduction 3: "La vie m'a appris à vivre la nuit, il ne me reste plus rien, personne ne peut plus m'aider, je suis seul avec mon destin … Les anciens sont partis, je demande pardon à dieu et je le prie de ne pas me laisser en vie … Je veux retourner dans le bateau qui m'a amené ... Je t'ai envoyé une lettre, tu n'as qu'à la lire, il y a dessus mon adresse ... Si je meurs, ce n'est rien ... Une femme m'a brisé, elle m'a accusé, le juge m'a donné 5 mois de prison... je ne dors pas la nuit, je ne fait que des cauchemars ... J'ai dit à l'avocat que j'étais innocent, mais le juge m'a envoyé en prison ... Je me suis retrouvé seul dans la cour de prison, je n'avais personne ...
Fonds Musiques migrantes de Villeurbanne
Nature du document enquête
Département Rhône (69)
Niveau de consultation Diffusion publique non commerciale
Durée 01:39:01
Qualité bon
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