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n° inventaire CMTRA FRAC069266_11AV0109
Titre Musique des balkans : rencontre avec Elsa Ille
Commentaire Diplômée d’État en Musiques Traditionnelles des Balkans, Elsa enseigne l’accordéon et les musiques traditionnelles des pays de l’Est à Villeurbanne dans le milieu associatif et notamment dans son groupe: la Bande à balk.
Responsabilité - Intervenant enquêteur :Jouve-Villard, Laura  ; informateur :Ille, Elsa
Date enregistrement-création 1 févr. 2016
Lieu enregistrement-création Villeurbanne
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Documents liés Fichier sonore
Descripteurs Balkans- musique traditionnelle- accordéon- récit de vie
Langue français
Genre du document récit de vie
Sommaire [00:00:00] Elsa a grandi dans une famille où la musique était présente, au milieu de nombreux instruments (flûtes, guitare, clarinette, piano). Par contre, sa mère refusait l’enseignement académique et scolaire - elle jouait d’oreille et composait ses propres morceaux au piano. Par mimétisme Elsa a évité l'enseignement académique de la musique et a pris des cours particulier de piano à l'adolescence ; forcémént, la lecture des partitions s'avérait difficile: elle apprenait tout par coeur, le plus vite possible... [00:01:25] Vers 20 ans elle s'est acheté une guitare classique, s’accompagnant seule dans sa chambre, car elle n'avait encore pas eu l'occasion de partager pas sa musique avec d'autres (la musique n'était pas un partage dans sa famille). Durant ses études de sociologie elle a passé un an en Erasmus en Angleterre : elle y a découvert d’autres instruments, d’autres types de musiques, et surtout le fait de jouer avec des gens. [00:02:40] De retour à Lyon, un de ses colocataires avait un accordéon dont il ne se servait pas. Elle lui emprunte... et ne le quitte plus! inspirée par l'instrument et par des groupes comme les Têtes Raides (milieu des années 90). Elle finit par abandonner ses études de sociologie et continue d’habiter à Lyon où elle rencontre des artistes du spectacle vivant dont Renaud Pierre, avec lequel elle fonde le groupe Bistanclaque. Elle fait donc ses premiers pas sur scène en 1997, et devient musicienne "de terrain", sans s'être ni projetée dans ce métier, ni formée au préalable. [00:04:45] Ce manque à gagner la fait entrer à l’ENM de Villeurbanne en cursus libre pour se former et pouvoir partager l'univers musical de façon professionnelle. Elle y découvre beaucoup de styles de musique, de jeux et d’instruments - dont l'accordéon à basses chromatiques qui permet d'aborder les répertoires classique et contemporain. [00:05:05] Les musiques qui lui paraissaient les plus accessibles ont toujours été les musiques traditionnelles du monde entier : fonctionnant sur des systèmes qui se mémorisent, par la transmission orale. Elle a choisi l’accordéon chromatique, car elle voulait "toutes les notes sous les doigts" et pensait déjà aux musiques de l’Est et orientales (par rapport à l'accordéon diatonique, qui est limité au niveau des mélodies et harmonies). Elle participe à plein de projets musicaux, fait ses expériences avec aussi une compagnie de théâtre "engagé"... et finit par devenir intermittente du spectacle. [00:07:00] C’est par le biais de nouvelles rencontres qu’elle plonge dans la musique de l’Est à partir de 2004, notamment avec Florin, un violoniste roumain installé à Lyon depuis peu. Ils monteront plusieurs ensembles de musiques roumaines et bulgares. Elle rencontre aussi « des supers cracks des musiques orientales, des super musiciens d’un très bon niveau », le violoniste David Brossier en tête, qui joue et parle couramment roumain, qui est une véritable référence en France. Ils fondent ensemble le groupe Musafiri. [00:08:30] Elle apprend donc avec deux types de références : Florin d’un côté, originaire de Roumanie, « qui respire sa culture, mais qui ne va rien expliquer », qui joue très bien et avec une joie communicative, et de l’autre côté des musiciens qui conscientisaient à fond leur pratique et leur apprentissage, et dont le parcours est quasi ethno-musicologique. Ca a été une vraie école pour elle. Auprès d’eux elle retrouvait entre autre ce qui l’a toujours intéressée : les sciences humaines, et pouvait l’appliquer à une région musicale qui lui plaisait particulièrement. [00:09:30] Les premières musiques de l’Est qu’elle a pu entendre dans les années 1980 étaient la B.O. du film Le Temps des Gitans, et les CD de Bratsch et des Yeux Noirs. Elle n’était alors qu’au lycée et n’envisageait pas d’en jouer un jour... [00:10:14] Elsa a eu très vite envie de voyager dans ces pays des Balkans, car "quand on a un projet et qu'on a déjà 24-25 ans, on y va à fond !" Son premier voyage dans les Balkans, en 2004, se fait en Serbie. Pendant une dizaine d’années elle n’a eu de cesse de voyager, en variant les destinations pour élargir au maximum son appréhension de la zone "balkanique". [00:11:05] Le répertoire des Balkans qu'elle a appris s'est transmis oralement dans tous ses groupes. Par ex. David Brossier leur transmettait le répertoire qu’il avait appris en voyage, et aussi à partir de certains disques qu’il aimait, elle a fait de même de son côté. A propos du collectage: « Il n’y a rien de mieux que l’imitation. L’apprentissage oral par imitation ça m’est vraiment naturel, d’apprendre de cette façon là et de transmettre. » En 2007 Florin lui a laissé l'atelier de "Musique des pays de l'Est" qu'il animait au CMTRA, et c'est ainsi qu'elle a commencé à transmettre ces répertoires collectés. [00:12:15] Plus qu’une imitation, elle parle d’appropriation du répertoire. Pour s’approprier le répertoire, elle est passée par l’imprégnation culturelle directe et par l’apprentissage des rudiments des langues locales : notamment le serbe, langue slave qui lui permet de se débrouiller aussi en Bulgarie et en Macédoine (comme elle avait la chance d'avoir sur Lyon Florin et David qui pratiquent le roumain, elle avait choisi de s'approprier un autre versant linguistique des pays des Balkans.) [00:13:15] D’après elle, quand on voyage là-bas, "les sens sont décuplés". Le fait d’apprendre cette musique sur son aire d’origine avec les gens du pays apporte une force et une dimension particulière à la transmission et au partage, dont on ressort "rempli". Les premiers voyages ont été les plus prégnants pour elle. [00:15:00] Dans les voyages qu’elle a fait, elle n’est jamais partie "à l'aventure", elle est toujours passée par des stages organisés localement, et souvent autour des musiques tsiganes. Lorsqu’elle est partie pour la première fois, c'était un stage organisé par des musiciens tsiganes de Serbie qui avaient assez internationalisé leurs visions du monde pour s’ouvrir à ce genre de formule, chose rare et précieuse ! Car cela suppose de rencontrer des tsiganes qui ont suivi des études et qui parlent anglais. [00:17:00] Chez les tsiganes, les musiques sont jouées par les hommes ; les femmes elles, peuvent devenir chanteuses, mais elles seront toujours chapeautées par un homme (père, mari, cousin, frère...) Elsa les considère comme des virtuoses, très spécialisés dans leur style musical, qui n’ont pas la même technique qu'elle (et pas non plus le même accordéon). « Ils ont réellement 15 doigts à chaque main ! » Si elle a appris "comme eux", elle garde cependant l’instrument qui s’apprend en France, et est dans une éternelle problématique d'adaptation par rapport à la version originale. « Je me considère comme un canal culturel, et je dis à mes élèves que si j'ai compris 20% et que j'arrive à leur en transmettre 15%, c'est déjà super ! Et si vous voulez aller plus loin dans l’apprentissage, il faut se rendre sur place soi-même". [00:20:20] D’un point de vue pédagogique, l’approche est très différente là-bas: « rien n'est décortiqué et tout va vite ». Il faut comprendre que la musique n’est pas pour eux un loisir, mais un moyen de survie : si la famille mise sur un de ses enfants pour qu’il devienne musicien, alors celui-ci travaille 8h par jour non-stop et au bout de quelques années il accompagne les siens et il rapporte de l’argent au foyer. C'est une mise, et l'enfant n'a pas le choix. Donc chez les tsiganes, un adulte n'est pas un "apprenant". Dans ce contexte-là, l’arrivée des occidentaux stagiaires dans leur village est un grand contraste: présents pour le loisir, n’ayant pas la même technique, ne pratiquant pas aussi intensément... d'où des difficultés d'ordre pédagogique. C'est ça la difficulté du terrain! Même si c'est en train d'évoluer car ils ont compris le "marché" que les occidentaux représentaient. Généralement, ils sont contents lorsqu'on arrive à faire sonner leurs musiques, même si on ne peut pas les suivre ! Ce sont des musiques très masculines, ils se jaugent entre eux- genre "combats de coqs", puisque c'est une question de survie pour eux: pour exister ils doivent "être le meilleur". Ils ne sont pas tendres les uns envers les autres. Toutes ces considérations d'ordre culturel et pédagogique ont permis à Elsa de garder de la distance, et de forger sa propre pratique. [00:23:17] Elsa a eu besoin de s'affirmer en tant que professionnelle de l'enseignement de ces musiques-là, et a obtenu le D.E. en Musiques Traditionnelles en 2009. Son métier c’est la transmission, mais sans chercher à imiter les pratiques locales : « en France, personne ne te demandera de jouer non-stop pendant trois jours et trois nuits un répertoire en respectant les codes de tel mariage». Cela aurait du sens si elle souhaitait s’inscrire dans la pratique des communautés immigrées, mais justement ce n'est pas le cas. [00:26:10] Elle a créé l'association « A l’Ouest des Balkans » en 2009, avec laquelle elle dispense les ateliers de musique d'ensemble des Balkans, et les ateliers d'accordéon (plusieurs niveaux). L'association gère aussi l'orchestre « la Bande à Balk », qui à l’origine était son premier atelier Balkans. Le groupe peut être amené à jouer pour des événements, des fêtes communautaires (le 3 mars par exemple pendant la fête nationale bulgare), et joue principalement en concert dans des lieux de la région lyonnaise. [00:27:45] Elsa ne s’identifie pas aux démonstrations folkloriques (par exemple lorsque les bulgares dansent en costumes). Au contraire, elle estime que le maintien d’une distance est essentielle pour être au plus juste de ce qu'on peut donner en restant nous-mêmes, en qualité de passeurs. [00:28:30] Les communautés de l’Est, notamment les bulgares, sont très touchées par le fait que des français s’intéressent à leur culture et souhaitent se l’approprier avec un souci d’authenticité. Elsa essaie au mieux de faire passer ça en respectant les codes et stylistiques, la formidable énergie de ces musiques et les bons tempi pour la danse (puisque ce sont avant tout des musiques à danser. ) [00:29:00] Commentaires autour du voyage récent de la Bande à Balk en Bulgarie : l'équipe s’est pas mal renouvelée, en 8 ans d'existence, mais certains complices sont toujours là comme Bruno Villedieu: amoureux des danses de l’Est, il a beaucoup voyagé là-bas depuis 40 ans « du coup, ses filles dansent comme des serbes ! ». Il constitue une référence essentielle au sein de l'association. [00:30:28] Dans l'association, il manque peut être une carte : «celle des Roms », mais se déplacer dans les bidonvilles demanderait énormément de temps, d’adaptation, et beaucoup d’énergie. Certains adhérents à l’association souhaiteraient que le contact se noue, et c'est en projet... (vaste et délicat sujet que celui des Roms installés en France.) [00:37:15] Les voyages de la Bande à Balk dans les Balkans ont lieu tous les 2-3 ans, grâce aux sous des concerts, et chaque fois cela se fait dans un pays différent. Cela permet au groupe de varier es répertoires sans focaliser uniquement sur la musique d’un seul village ou d’une seule aire. Le résultat est que le répertoire de la Bande à Balk va de la Roumanie, la Serbie, la Macédoine, la Bulgarie, la Grèce. Et à l’intérieur de chacun de ces pays, chaque région peut sonner différemment. A la base, le répertoire est amené par Elsa, et il s'est enrichi des voyages collectifs que la troupe a effectué. [00:39:20] Là-bas, en voyage, le groupe propose son interprétation: « notre regard, filtré par notre accent français, des musiques des Balkans ». En Bulgarie, lorsqu’ils jouent des thèmes roumains, les gens s’assoient car ils reconnaissant que ce n’est pas une musique bulgare ; ils adaptent parfois une de leurs danses s’ils le peuvent. Globalement, notre démarche les touche beaucoup, et ça fait plaisir: c'est un juste retour du travail qu'Elsa a fourni pour faire sonner ces musiques au plus proche de leurs pratiques culturelles.
Fonds Musiques migrantes de Villeurbanne
Nature du document enquête
Département Rhône (69)
Niveau de consultation Diffusion publique non commerciale
Durée 00:40:58
Qualité bon
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