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n° inventaire CMTRA FRAC069266_11AV00101
Titre Musique andine : rencontre avec Jean Miche Cayre
Commentaire Musicien poly-instrumentiste, charanguiste, chanteur, et compositeur de musiques andines, membre d'une famille d'artistes et de musiciens et du groupe en découlant: Los Chacos, Jean-Miche Cayre a grandi à Villeurbanne dans un univers créatif. Aujourd'hui retraité, il a longtemps enseigné ses connaissances en musique andine, notamment à l'Ecole Nationale de Musique de Villeurbanne. Il est le premier en France à avoir créé un atelier pédagogique dédié à cette pratique. Il raconte.
Responsabilité - Intervenant enquêteur : informateur :Minot, Olivier :Cayre, Jean Michel
Lieu enregistrement-création Villeurbanne
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Documents liés Fichier sonore
Descripteurs Andes- Amérique du Sud- charango- récit de vie
Langue français
Sommaire Fichier 01 : « 01_Jean-Michel Cayre » [00 :01 :38] Jean Michel Cayre se présente. Interprète et compositeur de musique andine et circo-andine. Il a commencé par la musique classique qui reste aujourd’hui pour lui une base essentielle. Il cherche aujourd’hui à développer la musique dite « Criolla ». [00 :02 :16] Il a découvert cette musique par une aventure familiale longue. Son père était peintre installé avec son frère à Villeurbanne. Sa famille voyageait beaucoup, d’abord en France, car ses membres étaient éparpillés sur le territoire ce qui leur valait d’être qualifié de « famille de bohémiens ». Pour des raisons professionnelles son oncle est parti en 1947 en Argentine, près de la cordillère des Andes où il a fondé une famille « criolla », c’est à dire métissée. En 1952, il se souvient de son premier « voyage » vers ce continent : son oncle envoie une malle à sa famille, remplie de disques, de maté et d’autres nombreux attributs locaux. Le premier disque de musique andine qu’il écoute est un 78 tours : Los Hermanos Abalos, ensemble de cinq musiciens qui habitaient dans la région de Santiago del Estero (Nord de l’Argentine). Le choc est instantané pour son frère. Alors que pour Jean Michel, qui n’a que trois ans, cette musique se confond avec ce qu’il écoute à la maison : entre Brassens et le piano classique. [00 :08 :00] Il commence à l’âge de trois ans le piano, élève d’un grand maître : Fernando Via, dernier élève de Granados. Son frère aîné et son futur beau frère poursuivent l’apprentissage musical de la guitare classique pour l’un et du piano pour l’autre. C’est progressivement et « naturellement » que ces derniers passent de l’interprétation de la variété française et de la musique classique à la musique andine alors très peu connue. [00 :10 :00] Cette musique andine n’a que très peu bénéficié de toute la science littéraire. Même s’il y a eu beaucoup d’ethnomusicologues qui l’ont (il les cite). [00 :10 :45] Un des morceaux qui a le plus marqué son frère était le rythme bailecito chantée par son compositeur : El Chango Rodriguez. Il avait écrit cette ode au Chili, hommage aux rapprochements entre chiliens et argentins. Son frère reprenait alors ce morceau par assimilation phonétique, maitrisant seulement un espagnol académique. [00 :11 :50] Commentaires sur les musiciens argentins, vénézuéliens, souvent plasticiens et/ou écrivains venus en France pour fuir certains régimes. Son frère s’est assimilé à cela. En 1952, son frère et son beau frère créent Los Chacos, premier ensemble de musique andine, composé de musiciens n’étant pas originaires d’Amérique latine. Très vite le groupe est devenu un quatuor familial obtenant l’approbation de Yupanqui, célèbre musicien argentin, qui, via la publication d’un article, leur offre une reconnaissance de taille. [00 :17 :25] En 1965, Jean Michel Cayre, alors étudiant au Conservatoire d’art dramatique, devient membre de Los Chacos. Un soir, il joue devant Jacques Canetti, impresario notamment de Los Incas. Fichier 02 : « 02_Jean-Michel Cayre » [00 :00 :00] Commentaire autour des expériences de groupes andins de l’époque. Los Incas, groupe apparu en 1956 était un transfuge des grands ballets d’Amérique latine et jouait dans les cabarets parisiens. C’est sur le même schéma que Jean Michel joue pour la première fois ce style de musique dans un cabaret du vieux Lyon devant Jacques Canetti, Jacques Higelin, Bernard Lavilliers. Depuis ce jour il n’a jamais arrêté. [00 :02 :25] Le groupe commence à faire des concerts dans la région, il reste très localisé. [00 :02 :45] Jean Michel ne se considère par comme spécialiste mais plutôt comme amateur passionné. Sa famille a « fait école ». Ce qui a suscité des compétitions autour de toute cette musique, après eux il y a eu beaucoup de rivalités de groupes, un terrain d’affrontement s’est ouvert. Devant cela, il a ressenti une lassitude difficile à surmonter. [00 :06 :00] Cette musique est devenue « à la mode ». Il explique les termes qui lui semblent les plus adéquates. Lui, a été qualifié d’artiste « Trad », il préfère pourtant le terme « folklore » très utilisé en Amérique latine comme expression du peuple et malheureusement pas employé de la même manière en France. [00 :07 :30] Pour lui son parcours n’est pas fini, il considère qu’il lui reste beaucoup à apprendre, que tout bouge. « L’imprégnation, la symbiose », n’est jamais finie. Il connaît l’aire culturelle andine plutôt par la lecture, il n’a jamais vécu suffisamment longtemps sur ce terrain pour en être profondément imprégné. [00 :08 :20] A Villeurbanne, il a essayé de diffuser cette musique. Cet art s’enseigne très bien là bas, lui, a créé la première classe en France de musiques andines. En 1979 il commence à donner des cours à l’école associative de Villeurbanne, tout juste créée et basée à la « Maison pour tous ». Cette époque signe les prémices d’un atelier extra-classique dans une structure qui est un futur conservatoire. [00 :13 :20] Quand il enseignait au conservatoire du 10e arrondissement de Paris il a donné des cours à la diaspora sud-américaine (essentiellement des boliviens, des péruviens, très doués dans la pratique et qui cherchaient à apprendre la théorie). A Villeurbanne il y avait majoritairement des enfants et adolescents. Jean Michel adapte alors sa méthode d’enseignement en fonction de ses élèves : il s’agissait de codifier une musique de tradition orale. Très vite des petits concerts sont donnés. [00 :07 :10] En France il a cette sensation que les gens qui aiment la musique folklorique ou « trad » sont souvent « en délicatesse avec la musique classique ». Alors qu’il cherche à valoriser les interpénétrations, notamment les influences du baroque sur la musique sud-américaine (apparition de l’instrument à cordes en Amérique du Sud qui serait liée à l’immigration). Il regrette la « confusion des genres ». Fichier 03 : « 03_Jean-Michel Cayre » [00 :00 :00] Aujourd’hui retraité, il continue à voir certains de ses élèves. [00 :00 :45] En 1981, Antoine Duhamel fait en sorte que l’école de Villeurbanne devienne municipale. C’est en 1986 qu’elle devient nationale. Cette époque a donné lieu à de nombreux projets, elle était foisonnante d’un point de vue artistique. L’atelier de musiques andines fonctionnait alors très bien, il jouait dans de nombreux quartiers, accueillait de nombreux enfants qui n’avaient jamais pratiqué de musique. Avec ses élèves il jouait avec son groupe, Los Chacos, qui apportait une certaine crédibilité aux représentations. Ce qui cependant n’empêchait pas un certain public de mal recevoir cette adoption musicale et de les considérer comme presque illégitimes à jouer cette musique. [00 :06 :25] A Villeurbanne, ou ailleurs en France, il y a eu une vague d’engouement pour cette musique après le coup d’Etat au Chili. Entre 1973 et 1979, il jouait donc une musique particulièrement marquée politiquement, il était difficile de ne pas faire de musique engagée. Ils s’engageaient de manière indirecte en « jouant pour » ou « au profit de », sans pour autant se servir du drame comme vitrine, certains ont pu le faire. Il se souvient avoir rencontré des sud-américains qui ne pouvaient plus entendre de chants folkloriques car c’était trop douloureux. [00 :09 :45] En Argentine, une partie de l’armée mettait de la musique pour couvrir les cris sous la torture, généralement des musiques festives traditionnelles. « Le joli devenait quelque chose d’extrêmement toxique ». La musique a été quelque peu rejetée par les sud-américains pour cette raison, également du fait de l’organisation en France de nombreux rassemblements musicaux engagés qui sollicitaient des réfugiés politiques. Ces musiciens étaient fichés et, dans leurs pays d’origines, leurs familles étaient victimes de représailles. [00 :12 :29] A Villeurbanne son atelier de musique et la diaspora sud américaine se sont rapprochés très tardivement car il était reproché à son groupe de ne pas être suffisamment engagé. Cette communauté était très nombreuse, lui, l’a fréquentée : sa famille n’a jamais cessé de les recevoir, il a toujours vécu avec cette présence. Il ne pense pas que, malgré ce lien, sa présence ait eu un impact social à Villeurbanne. [00 :16 :30] « Il y a une manière d’écouter cette musique en étant jamais réellement passif » : Certains de ses élèves en ont fait leurs carrières, d’autres ont ralenti leurs pratiques certainement par manque d’envie. D’après lui, il y a eu plus d’échecs que de réussites. « Transmettre une passion, un amour, est extrêmement difficile ». Rester docte était prendre le risque de ne pas être suffisamment ludique. Mais cet aspect ludique n’était pas pour lui dissociable de « l’exigence du faire ». Certainement, tous n’avaient pas les mêmes attentes face à cet enseignement, car ils s’attendaient à quelque chose de beaucoup plus divertissant, son enseignement restait très exigent. [00 :23 :40] Aujourd’hui, il pense qu’avec les forces vives en France, cette musique peut se répandre par plus de vulgarisation. Mais cet art n’est peut être pas accepté de la même façon que d’autres styles de musiques « exotiques ». Il est finalement assez peu optimiste sur la question de la diffusion plus large de cette musique qui, d’après lui, a été « frappée par la caricature, extrêmement galvaudée ». Cette musique est pour lui très fonctionnelle : sur son continent d’origine elle participe au quotidien des habitants, elle a d’abord pour rôle d’accompagner une danse (ce qui n’est pas le cas lorsqu’elle est pratiquée ici). En France elle a donc peut-être en partie été vidée de son essence. [00 :28 :50] Il n’a aucune idée de la place que tient cette musique aujourd’hui à Villeurbanne. Il pense qu’elle est toujours « aussi confidentielle, aussi ritualisée », « singée ». Elle fait plus l’objet d’imitations que d’interprétations et de créations. C’est certainement pour lui une question de « mode de communication et de communication des modes ». S’il a encore un rôle à jouer il aimerait le tenir mais perçoit encore « une forme de gentil mépris » face à cette culture musicale, « c’est une sensation », il ne fait pas le constat de l’échec.
Fonds Musiques migrantes de Villeurbanne
Nature du document enquête
Département Rhône (69)
Niveau de consultation Diffusion publique non commerciale
Durée 01:12:16
Qualité bon
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